Compte-rendu de la journée départementale du 72

Le jeudi 15 décembre 2016, la journée départementale des professeurs documentalistes de la Sarthe a eu lieu au lycée Sud du Mans. Une soixantaine de professeur.e.s documentalistes étaient présent.e.s pour assister à une conférence d’Isabelle d’Harlé, maitre de conférence à l’université de Caen, ainsi que pour écouter Claire Richet, élue SNES, présenter le projet de refonte de notre circulaire de missions et pour échanger avec l’IPR EVS présent (M. Labbay).
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Présentation du GTA
Les membres du GTA, qui représentent les collègues pour la Sarthe, se sont présentés (Larissa Allard, pour les LGT, Cécile Loiseau pour les LP et Marion Croiseau pour les collèges) et sont revenus sur les missions du Groupe Technique Académique. Ils ont clarifié les travaux en cours : mise en place des stages PAF, révision du protocole d’inspection, organisation des Journées Départementales.
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Présentation de l’APDEN Nantes
En fin de matinée, un temps de parole a été donné à l’APDEN Nantes. Après un bref retour sur les orientations nationales de l’association et les projets en cours qu’elle défend, nous avons distribué aux participants un exemplaire de la circulaire de mission construite par la profession, produite avec l’aide des différents bureaux régionaux. Les membres présents ont par ailleurs présenté les actions menées localement et échangé avec le public. La dernière action en date de l’APDEN Nantes a également été soumise aux collègues présents : nous avons écouté le premier épisode de la Webradio de l’APDEN Nantes.
La circulaire construite par la profession a été distribuée aux collègues présents et semble avoir fait l’unanimité quant aux 3 axes développés. 
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Echanges avec l’inspection
L’IPR-EVS présent a souligné les difficultés d’organisation des Journées départementales, en raison de leur coût élevé. C’est pourquoi ces dernières ont été intégrées cette année au Plan Académique de Formation, et la participation à ces journées nécessitait une inscription préalable. Ce changement a en revanche réduit d’une journée les possibilités d’inscription à d’autres stages PAF. 
IL nous a ensuite présenté brièvement le PPCR, mis en place en 2017, et souligné que les inspections viseraient en priorité les collègues des échelons  6 et 8. L’inspecteur est revenu sur les documents d’inspection qui ont été revus en GTA.
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Conférence d’Isabelle Harlé :
« La construction des savoirs : comprendre les processus de légitimitation scolaire. »
La réflexion sur les savoirs scolaires est traditionnellement portée par la didactique (cf. travaux de Bernard Lahire). Selon la sociologie du curriculum (courant sociologique), les savoirs véhiculés par l’enseignement ne sont pas vus comme des entités absolues mais des constructions dotées d’enjeux sociaux. Réf. aux textes de Lucie Tanguy.
Pour Mme Harlé, qui se pose en tant que sociologue, deux angles d’attaque différents peuvent être adoptés : la responsabilité face au contenu.
Ce qui doit être enseigné et par qui est une question politique. De nouvelles matières sont régulièrement introduites ou disparaissent.
Par ailleurs, au sein d’une société donnée, il y a des conflits entre différents groupes sociaux, d’où l’émergence de compromis. 
Mme Harlé nous rappelle une citation de Young : « l’éducation est l’organisation des connaissances légitimes à un moment donné, qui repose sur des choix conscients et inconscients ».
Pour elle, un savoir à enseigner donne une légitimité sociétale. Elle s’appuie sur deux exemples de matières dominées : les arts plastiques et la technologie.
La matière technologie a ainsi été créée de par sa proximité avec les sciences physiques et dans un contexte d’enjeux de recrutement.
Mme Harlé nous a rappelé les conditions qui président  à l’inscription d’un contenu dans les programmes d’enseignement : la durée, les conceptions différentes portées par des réseaux d’individus disposant de plus ou moins de pouvoir, les contextes, la gestion des personnels.
Les difficultés d’implantation d’une discipline peuvent être liées à l’absence de formations spécifiques, d’où en technologie la création du CAPET en 1985. 
Par ailleurs, la formalisation des contenus d’enseignement a permis de légitimer la matière.
Aujourd’hui, l’enseignement de la technologie  a introduit et s’appuie sur la démarche d’investigation, ce qui la transforme en discipline de connaissances (mouvement de formalisation). Ces évolutions interpellent les enseignants et leurs identités disciplinaires.
Pour Musgrave, les matières sont des communautés sociales entre lesquelles existent des rapports de compétition et de coopération.
C’est pourquoi de nombreux enseignants de mathématiques sont réticents à intégrer les TIC dans leurs pratiques.
De même, le nouveau programme de SES au lycée, très axé sur les savoirs universitaires et non plus l’ouverture pluridisciplinaire, a été vivement contesté. Les SES en lycée est une discipline souvent remise en question.
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En synthèse, Mme Harlé nous a rappelé que les contenus d’un enseignement sont le produit d’enjeux sociaux. Ils ont  un statut relatif, contingent. Il existe différentes instances de transmission des savoirs. Elle soulève plusieurs questions : quel lien y a-t-il entre la diffusion d‘une pratique sociale et son inscription dans les programmes d’enseignement  ? Quel  rapport peut –on faire entre les pratiques sociales des élèves et les savoirs enseignés ?
A quelles conditions un enseignement est-il légitime ? Doit –il être légitime dans les programmes, ou légitime sous une forme disciplinaire ?
Interrogation = Qu’est ce qui constitue une discipline ? un contenu ? une filière universitaire ? un corps d’enseignant spécifique ? un horaire dédié ? une évaluation ?
Elle termine sa conférence sur la question de l’externalisation des contenus dus aux dispositifs transversaux. L’EMI est un exemple du transfert de nos contenus hors disciplines. Il s’agit de toutes les « éducation à ».
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Lors des débats qui ont suivi cette conférence, l’IPR-EVS  a exprimé son point de vue. Pour lui, le repli d’un enseignement transdisciplinaire vers un enseignement de connaissance pure est un mauvais raisonnement qui ne va pas dans le sens de l’évolution du système. Selon lui, il faut arrêter cette logique disciplinaire. Nous, professeurs documentalistes, sommes ainsi en avant garde par rapport aux autres disciplines qui « nagent à contre-courant ».
Pour autant, de nombreux collègues ont soulevé la question du manque de reconnaissance envers nos compétences en information-documentation, et ce en particulier depuis la mise en place de la réforme du collège. 
Pour plusieurs des collègues présents, le fait de ne pouvoir transmettre les savoirs que via des « saupoudrages » ponctuels au bon vouloir des disponibilités des collègues ne permet pas de mettre en place de réelle progression pour tous.
L’IPR EVS a insisté sur le fait que l’école est inclusive et que nous n’enseignons pas la même chose à tous. Il a appelé à se saisir de dispositifs spécifiques tels que les Parcours, les EPI, l’Education à ou l’AP pour justement sortir de cette logique disciplinaire.
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Intervention de Claire Richet, représentante SNES-FSU documentation
Claire Richet a expliqué le fonctionnement du groupe de travail ministériel sur la nouvelle circulaire de missions, auquel elle participe, ainsi que les prochaines échéances : la prochaine réunion est prévue en janvier 2017 et la circulaire devrait être publiée avant le printemps. 
Depuis la dernière réunion, un point fait consensus entre tous les syndicats : le rôle d’enseignant doit être mis en avant. 
Au sujet de la politique documentaire, le SNES ne pense pas pouvoir la supprimer du projet de circulaire mais souhaite la détourner : mais comment ?
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Présentation des JRL
L’après-midi, chaque groupe de JRL a  pu présenter son travail et ses objectifs. L’inscription à ces JRL s’effectue sur Caraïbes pour la dernière année. 
L’IPR-EVS a insisté pour que soient publiés dans l’espace Documentation du site académique, les travaux réalisés par les différents groupes.
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Aurélia GUYON et Marion CROISEAU, interlocutrices APDEN Nantes pour le 72.