Retour sur la Journée Professionnelle de l’APDEN 2025

Vidéo de la Table ronde : Jean Cattan, Chloé Kétibian, Olivier Ertzscheid et Thibault Grison

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Compte rendu des interventions

TABLE RONDE

Jean Cattan, Chloé Kétibian, Olivier Ertzscheid et Thibault Grison

1) Comment fonctionne la (les) modération(s)sur les réseaux sociaux ?

Les modérations des plateformes fonctionnent sur la base de 4 piliers :

  • les textes (faire en sorte qu’il existe une charte par guide d’utilisation)
  • les algorithmes (recommandation et modération des contenus) -> La modération selon les plateformes fait que les règles sont fixées selon les pays et la plateforme = filtrage des contenus et algorithme de surveillance des contenus.
  • les modérateurs humains employés comme sous-traitants des plateformes
  • la modération humaine bénévole qui signale les contenus ou les usages.

Par exemple, la politique de modération de la plateforme Youtube est de respecter la méthode des « 4Rs of responsibility« , à savoir « Remove, Raise, Reward, Reduce« . L’objectif est donc d’enlever (remove) les contenus qui ne respectent pas les principes et règles de la plateforme aussi vite que possible, de renforcer la visibilité des contenus qui bénéficient d’une forte autoritativité, de récompenser les artistes et créateur.ices.s de contenu fiables et éligibles, de réduire la diffusion de contenus qui frôlent de très près les limites de la politique de la plateforme.

2) En l’absence de modération existe-t-il un risque pour les utilisateurs, pour la liberté d’expression ?

  • Aux USA, le « free speach » implique une liberté d’expression totale et une visibilité sur les discours portés. Les plateformes utilisent et brandissent cette liberté d’expression pour truquer la modération de l’information.
  • Par exemple sur X, les règles de la modération sont proportionnelles à la notoriété (par exemple Neymar et le Revenge porn), ainsi qu’aux intérêts économiques. Plus les intérêts sont importants, plus la modération est intense.

3) Quels sont les enjeux politiques et économiques de la modération ?

Quelles sont les alternatives à ces plateformes hyper centralisées ?

  • Il existe une injonction consentie des plateformes à respecter la diffusion des contenus publicitaires. C’est dans leur modèle économique et cela leur confère un certain pouvoir centralisé. Il faudrait décentraliser le pouvoir de ces plateformes basée sur une architecture toxique (ex. X). Par exemple, le modèle de Mastodon est une bonne alternative à X. Le modèle de BlueSky reste un réseau social avec une architecture centralisée.
  • Bien que la Commission européenne tente de réguler la législation sur les contenus numériques, la Digital Services Act, les questions de l’architecture des plateformes et de leur responsabilité en tant qu’éditrices de contenu n’y sont pas abordées.
  • Si nous voulons être efficace dans la régulation, il faut des textes, une volonté politique d’appliquer ces textes (faible au niveau français et européen), un suivi et une continuité dans l’application de ces textes (ex. des poupées pédopornographiques Shein qui vont réapparaîtres)

4) Quelles conséquences de la modération des réseaux sociaux sur les adolescents ?

  • Les enjeux psycho-sociaux chez les adolescents sont spécifiques : dans leur relation aux autres, dans la construction de leur identité, leur popularité, dans leur statut social, etc. Les réseaux sociaux ont modifié les interactions sociales des adolescents qui sont dans un recherche perpétuelle de possibilités d’interaction. Ils et elles ont la capacité cognitive de réguler leurs émotions. Ce qui importe le plus dans l’utilisation des réseaux sociaux ce sont les types de motivation, plus que le temps passé sur les écrans, les réseaux sociaux qu’ils ou elles utilisent, etc.
  • L’important est le lien avec les autres, la popularité, informer sur les actus, etc. Les motivations d’aller sur les réseaux sociaux sont très larges. Les conséquences de la modération sur les réseaux sociaux pour les adolescents ne sont pas tant les conséquences liées à l’usage (nombre de réseaux sociaux, temps passé), que les motivations (très larges) de leur utilisation. En fonction des motivations, l’impact des réseaux sociaux ne va pas être le même. Cela peut être une aide, comme un outil néfaste pour les adolescents. L’économie de l’attention est différente de l’économie de l’intention. Il est nécessaire par conséquent de réfléchir à pourquoi les adolescents utilisent tel ou tel réseau social et non pas comment et ne se focaliser que sur les usages.
  • Il n’y a pas de lien de causalité entre perturbation de l’attention et temps passé sur les réseaux sociaux, mais plutôt des liens de corrélation. Les utilisations techniques des réseaux sociaux sont plus ou moins maîtrisées par les adolescent.es, cependant il.elle.s ont souvent plusieurs profils pour séparer les sphères privées, parentales publiques, professionnelles, amicales, etc. L’approche motivationnel est l’espoir de la recherche pour comprendre, par exemple, la corrélation entre un usage des réseaux sociaux pour répondre à un besoin émotionnel et les cas de dépression chez les adolescents.
  • L’interdiction des réseaux sociaux aux adolescents est délétère puisque leur usage est inhérente au fonctionnement des interactions entre eux. Si les comportements déviants existent chez les adolescents, la question à se poser est de savoir, vers qui les adolescents peuvent se tourner pour parler de leur mal-être.
  • Les plateformes poussent les chaînes de production virales au détriment du contenu avec connaissance de cause. Cela conduit par exemple à un temps de latence très long (6 mois) pour supprimer un compte dont les propos sont signalés comme problématiques par les internautes. Cela remet en cause le statut d’hébergeur des plateformes vers un statut d’éditeur de contenus, et donc de changer la responsabilité de l’édition et de la diffusion des contenus discriminatoires, haineux, etc.
  • Avec l’intelligence artificielle, l’histoire se répète. Les IA conversationnelles (ou LLM) sont construites sur du vol de données, sur de la prédation, sur les travailleur.euse.s du clic, etc. Les pouvoirs publics sont dans l’incapacité actuellement de tenir compte de cette itérabilité, de cette répétition.

Nota Bene : Toujours partir des usages des élèves avant de mettre en place des séances sur les réseaux sociaux et d’aborder ensuite le fonctionnement et les enjeux.

Travaux Anne Cordier : Sociologie des usages des réseaux sociaux « C’est en les éduquant que l’on aide les adolescents à se développer ».

5) Quelle est la responsabilité des plateformes face à la modération ?

  • Cette responsabilité existe, mais uniquement sur le papier. Les plateformes sont réticentes à se reconnaître comme éditrices de contenu, pour ne pas en avoir la responsabilité, et laisser la responsabilité aux utilisateurs. Elles sont au courant des contenus toxiques qui y existent et elles ont les moyens de diminuer leur visibilité via la modération, mais elles se retranchent derrière la difficulté face au nombre d’utilisateurs et du nombre d’interactions entre-eux.

6) Question des IA?, de la régulation, du droit?

  • Plus on investi dans un système centralisé, plus on se dépossède d’un pouvoir d’agir. Espoir que les modèles futurs soient plus décentralisés.
  • Séance à proposer aux élèves sur la recommandation algorithmique. Pendant 10 minutes demander aux élèves de consulter leurs réseaux sociaux et noter la 1ère phrase de chaque contenu rencontré. Lire ce texte « fantaisiste » afin de faire prendre conscience des enjeux de la recommandation.

Ressources et bibliographie :

.Amnesty International, 2025. TikTok continue d’orienter les enfants et les jeunes déjà fragiles vers des contenus dépressifs et suicidaires. Publié le 21 octobre 2025. Consulté le 25.04.2026. Disponible sur : https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2025/10/france-tiktok-still-steering-vulnerable-children-and-young-people-towards-depressive-and-suicidal-content/

.Block, Hans et Riesewick, Moritz, 2018. The cleaners – Les nettoyeurs du web. [Film documentaire] Gebrueder beetz filmproduktion and Grifa filmes. 1h28.

.France24, 2026. Fausses policières sexualisées sur Instagram : quand l’IA usurpe l’image de la police française. Publiée le 28.01.2026. Consulté le 25.02.2026. Disponible sur : https://www.france24.com/fr/france/20260128-fausses-polici%C3%A8res-sexualis%C3%A9es-instagram-quand-ia-usurpe-image-police-nationale-fran%C3%A7aise

.Galluzzo, Anthony, 2023. Le mythe de l’entrepreneur : défaire l’imaginaire de la Silicon Valley. [Numérique] ed. La Découverte. 240 p. ISBN numérique 9782348090165

.Grant, Nico and Mickle, Tripp, 2025. YouTube loosens rules guiding the moderation of videos. The New York Times. Mis en ligne le 9.06.2025. Consulté le 25.04.2026. Disponible sur : https://www.nytimes.com/2025/06/09/technology/youtube-videos-content-moderation.html

.Version française : L’Hour, Marion, 2025. YouTube a aussi assoupli ses règles de modération, en toute discrétion. [Podcast] In : Veille Sanitaire, France Inter. Mis en ligne le 10.06.2025. Consulté le 25.04.2027. Disponible sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/veille-sanitaire/veille-sanitaire-du-mardi-10-juin-2025-2656374

.Guattari, Félix, 2016. Les trois écologies. EcoRev’, n°43, pp. 5-7. Mise en ligne le 01.12.2017. Consulté le 25.04.2026. Disponible sur : https://shs.cairn.info/revue-ecorev-2016-1-page-5?lang=fr

.Poulain, Henri. 2020. Invisibles : les travailleurs du clic. [Série documentaire] France TV Slash. Publié le 12.02.2020. Consulté le 25.04.2026. Disponible sur : https://shs.cairn.info/revue-ecorev-2016-1-page-5?lang=frhttps://www.france.tv/slash/invisibles/

.Saëmmer, Alexandra. 2025. Sismographer les réseaux sociaux. Laboratoire LabRADoR : Sorbonne université. Publié le 9.10.2025. Consulté le 25.04.2026. Disponible sur : https://labrador.sorbonne-universite.fr/node/185

.The Youtube team. 2019. The four Rs of responsibility, part 1: removing harmful content. Inside Youtube, In: Youtube official blog. Publié le 3.09.2019. Consulté le 29.04.2026. Disponible sur : https://blog.youtube/inside-youtube/the-four-rs-of-responsibility-remove/


CONFÉRENCE

Virginie Julliard

De l’analyse des controverse relatives à la question du genre

Selon la définition de Michel Callon (1986), la controverse se définit comme une multitude d’acteurs sociaux qui interagissent pour développer des arguments ou des points de vue contradictoires, exprimant des visions différentes du monde. Bien que les controverses soient souvent ouvertes et non conclusives, elles sont le lieu d’alliances ou de dissolutions inattendues. Avec les réseaux sociaux numériques (RSN), les conditions techniques d’accès au débat sont modifiées et de nouvelles formes d’écritures émergent dans des contextes, eux-aussi différents.

L’approche sémiotique développée par Virgnie Julliard, traite du pouvoir intrinsèque de la langue sur les RSN, notamment, à travers la question de la « Théorie du genre ». Cette chercheuse au laboratoire CERES de l’université de la Sorbonne, montre à quel point les médias sont le reflet de la normativité des rapports de genre et notamment dans le rapport homme/femme. Exemples de controverses : PACS (1998-1999), Parité (1999-2000), « Mariage pour tous (2012-2013), Ouverture de la PMA (2019-2021).

Par exemple, à l’occasion de la mise en oeuvre des « ABCD de l’égalité » (2014-2017), par Najat Vallaud-Belkacem, alors Ministre des Droits des femmes, visant à sensibiliser aux stéréotypes filles-garçons, Virginie Julliard et son équipe ont travaillé sur la sémiotique des messages courts diffusés sur Twitter (objet d’étude), concernant la controverse de la « Théorie du genre » fortement décriée à cette époque. Contrairement à un corpus de documents textuels (physique ou numérique), il est difficile de travailler sur un corpus exhaustif en étudiant les RSN car les dispositifs d’écriture numérique, ou contexte d’énonciation, sont très divers (Tweet/Retweet/Hashtags/images/memes/emoticônes). Pour cela, Virginie Julliard a collaboré avec des ingénieurs et des designers du CERES pour développer un logiciel permettant de rechercher l’information parmi tous ces dispositifs d’écriture numérique, et notamment les images (Logiciel PANOPTIC).

Les résultats de cette étude montre que plus l’image est violente et moins elle est partagée, et parfois même immobilisée, ou bien, au contraire, partagée dans des cercles très fermés ? (Notes Laurence). Il s’avère qu’il existe une « racialisation » par la genre où les contenus les moins partagés sont ceux qui révèlent le plus la haine en ligne. Par ailleurs, l’approche humoristique des memes peut participer à la banalisation de certaines idéologies et à les transformer en objets de consommation.

Quels peuvent être les moyens de régulation ?

Dans un premier temps, il serait important de décentraliser et de développer l’objet technique afin de déconstruire la neutralité de l’objet technique.

Exemples :

-Le Digital Services Act (2022) -> Reconnaissance du statut VLOP (Very Large Online Plateform – Plateforme en ligne à spectre large)

-Enjeux de transparence des réseaux sociaux numériques, notamment en terme d’accès aux données pour les chercheurs et chercheuses.

-Développer un sytème de signalement des contenus obligatoires